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La Souveraineté Européenne ne peut être que fédérale

Emmanuel Macron a introduit le concept de souveraineté européenne dans le débat des Présidentielles. Concept extrêmement intéressant et utile. Mais s’agit-il de le brandir comme le seul grand message fédérateur sur l’Europe, au risque de devenir la tarte à la crème d’une campagne électorale fort heureusement ouverte sur l’Europe? Ou ne doit-on pas aller plus loin, et immédiatement en comprendre et en expliquer les implications?

Dans une synthèse dont il le sens Emmanuel Macron ne condamne pas les souverainistes pour rechercher une souveraineté nationale malmenée, mais les condamne pour imaginer des solutions nostalgiques d’un passé irrémédiablement révolu, pour autant qu’il ait existé… La souveraineté dont on a besoin en matière de sécurité, de défense, de gestion des flux migratoires, ou de commerce international, est à chercher non pas à l’échelon national mais bel et bien au niveau européen.

Je ne puis qu’adhérer à cette idée, mais je suis inquiet de la voir susciter un ralliement trop superficiel, théorique, et qui risquerait alors de se baser sur un malentendu qui pourrait s’avérer dangereux. Je suis passablement inquiet de la qualité du résultat que l’on peut obtenir si on applique à ce concept le même amateurisme que l’on a appliqué à la gestion de l’Euro.

Emmanuel Macron a raison quand il écrit que l’Europe est notre chance de recouvrer pleinement notre souveraineté, ou que la souveraineté c’est le libre exercice par une population de ses choix collectifs sur son territoire, ou encore qu’être souverain c’est pouvoir agir efficacement.

Mais ‘’le libre exercice par une population de ses choix collectifs’’ ne peut pas se faire par le truchement opaque d’un Conseil Européen qui ressemble aujourd’hui plus à la diète du Saint Empire Romain Germanique qu’à une institution politique digne d’une démocratie moderne. Et nous sommes là au cœur tant du rejet que suscite l’Europe actuelle, que de son inefficacité. Il serait suicidaire de continuer ainsi. Il serait encore plus suicidaire d’utiliser la même gouvernance pour gérer une souveraineté européenne accrue.

Emmanuel Macron l’a bien compris et c’est pourquoi le troisième volet de son chapitre sur l’Europe dans son livre Révolution touche justement à la démocratie européenne. Mais il laisse à des Conventions Démocratiques et aux gouvernements le soin de proposer des solutions à l’horizon fin 2018. C’est à mon sens un peu vague et peu convaincant. Emmanuel Macron doit venir ici avec quelques idées phares, et qui à mon sens ne peuvent qu’aller vers un fédéralisme rigoureux, même si on souhaite l’appliquer à une Europe où tous les États ne participent pas aux mêmes politiques européennes.

On a conspué les décisions du Tribunal de Karlsruhe, qui pour ma part ne m’ont pas choqué. Nos États-Membres sont tous des États démocratiques et le but de la construction européenne n’est pas d’établir une régression démocratique, mais bien au contraire de poursuivre une œuvre qui doit être démocratique à tous ses échelons. La seule façon d’établir une légitimité et un contrôle démocratique des instances européennes est de renforcer son caractère fédéral.

La montée des populismes est finalement en train de décomplexer les démocrates qui enfin se mobilisent pour mieux défendre la démocratie, mais aussi pour reconnaître nos négligences et nos erreurs, dont ont été victimes les plus fragiles d’entre nous. Il faut aller plus loin dans l’aggiornamento démocrate, et commencer une véritable pédagogie fédérale européenne.

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