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Le Manifeste Russe

Une pensée pour tous les biélorusses et tous les russes, réunis par la lutte contre la corruption, et qui vont encore passer une nuit en prison.

Alors me viennent des mots que j’avais écrits il y a bien longtemps à Moscou, en septembre 1998. J’avais appelé cela le Manifeste Russe.

Même si ces mots ne leur parviennent pas, puissent-ils leur rapporter courage et réconfort. Des mots qu’eux-mêmes se sont mis à prononcer.

 

Le Manifeste Russe

 

 

Alors que la Russie vacille

Alors que la Russie chancelle

Qu’aucun espoir politique ne se dessine

Que les réformateurs comptent leurs erreurs

Que la réforme panse ses blessures

Que la population est spoliée

De ses biens, de son avenir, de sa monnaie

Que tous restent si calmes devant l’inacceptable

Tout au fond de ma mémoire

Du plus profond de mon être

Gronde un élan de révolte

Un chuchotement que je veux taire

Sur cette terre qui m’est si proche et pourtant étrangère

Trois petits mots si fiers et si beaux

Paroles si révolutionnaires mais si justes

Fragile harmonie d’un équilibre toujours remis en cause

En soi tout un programme politique.

 

Trois mots qui sur nos mairies sont écrits

Trois mots qui me reviennent ici

J’aimerais tant vous les glisser discrètement à l’oreille

J’aimerais tant vous entendre les crier dans la rue

Devant une maison blanche qu’un apparatchik terne et corrompu veut reprendre

J’aimerais tant vous les voir écrire sur les murs, sur des banderoles agitées et pleines d’orgueil

J’aimerais tant briser votre silence

Voir vos bouches articuler ces paroles avec forces

Exiger du respect, trouver de la fierté, défendre votre honneur.

 

J’aimerais tant que vos cris que vos bras décidés mais pacifiques

Viennent infléchir votre histoire, décider de votre politique

Osent enfin prendre leur destin en main

En mémoire de tous vos aïeux qui ont traversé les siècles dans le sang, l’horreur et la haine

Pour leur dire, non nous n’avons plus peur

Pour leur dire, c’est en mémoire de vous

Par respect de votre souffrance

Responsables enfin de notre destin

Du sort de nos enfants c’est certain

Dehors les incapables

Dehors les corrompus

Nous exigeons la compétence, le droit et la vertu.

 

Ce n’est pas un rêve mais un chemin

Certes long et incertain

Mais aujourd’hui il faut le prendre

C’est aujourd’hui à vous de le prendre

Pour vous, par respect de vous

Ces trois mots, si simples et si beaux

Osez les dire, les conquérir, les démontrer

Les mettre en œuvre, les structurer, les exiger, les contrôler

 

Liberté, Egalité, Fraternité.

 

 

 

Moscou, le 4 septembre 1998

 

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