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Retour de Moscou, russophilie confirmée, opposition à la politique extérieure de Poutine aussi.

Je viens de passer quelques jours a Moscou où je n’étais pas retourné depuis près de 6 ans, après y avoir vécu 14 ans.

Les premières impressions sont contrastées, même si Moscou a connu et connait quelques investissements importants en terme d´infrastructures (élargissement des trottoirs, plantation d’arbres, rénovation de quelques stations de métro, nouvelle ligne circulaire de métro, suppression des grands panneaux publicitaires) la ville a finalement peu changé. Par contre, et étonnement, les Russes ont beaucoup changé, ils se sont rapprochés de l´Europe dans leur façon de s’habiller, et dans une urbanité dont on aurait rêvé il y a quelques années de cela. On vous tient la porte dans le métro, encore plus incroyable les voitures laissent passer les piétons!

La Crimée s´est invitée de façon ridicule dans le parc de Chisty Prudi avec une célébration de mauvais goût de la guerre de 1853/1854, sans rappeler bien sur que celle-ci fut perdue en 1856 pourvu qu’elle justifie une annexion qui reste pourtant inacceptable. On retrouve la presqu’île dans certains grands magasins qui vendent ostensiblement des produits de Crimée.

En parlant avec quelques acteurs économiques étrangers, mais en se refusant de recontacter certaines connaissances complètement emportées par un poutinisme exacerbé, on apprend que le panier de la ménagère n’a jamais été aussi faible, ou bien que certains opérateurs téléphoniques rencontrent un grand succès en vendant des abonnements journaliers puisque les abonnements mensuels semblent bien chers a un segment de clientèle malheureusement croissant. Cet appauvrissement n’est pas tant le fait des sanctions, qui ont d’ailleurs un impact très positif sur le secteur agricole et agro alimentaire, mais le fait d’un pays vieillissant qui n’a pas encore su sortir du cancer des matières premières, et qui soufre beaucoup dans le contexte actuel de bas prix de ces ressources. Heureusement les sanctions permettent au pouvoir en place de faire porter la faute sur l’étranger…

Plus inquiétant on nous dit que le cercle d’interlocuteurs moralement acceptables se réduit de façon dramatique dans le monde des affaires. La vérole de l’oligarchie d’État ne laisse que peu de place aux affaires normales.

Un clin d’œil au seul accélérateur de start-up a Moscou, et celui ci est français, montre un écosystème très en retard, là où pourtant la Russie devrait exceller.

Des conversations un peu plus au cœur du système russe montrent que la question de l’orientation de la Russie se repose, sur fond de lente préparation de la succession de Poutine et de la recherche d’un nouvel agenda économique pour tenter de sortir une énième fois la Russie de ses torpeurs et de ses démons. Mais on aura bien sûr noté la regrettable absence du Ministre de l’Économie au petit déjeuner du Forum de Saint Petersbourg, organisé par German Gref, le patron de Sberbank, petit-déjeuner consacré aux réformes…

Le tableau ne serait pas complet sans mentionner quelques événements culturels qui nous font immédiatement replonger avec délice dans la richesse de cette capitale culturelle européenne de tout premier plan, ou bien cette langue magnifique retrouvée avec un grand plaisir.

J’ai atterri à Moscou en pensant à toutes ces veuves et ces orphelins de guerre que je suis allé visités en Ukraine en 2015. Et leur souvenir ne me quitte pas. A toutes j’ai osé dire que je suis russophile mais en totale opposition avec l’agression russe en Ukraine. La vérité c’est que toutes m’ont dit partager cette triste dualité. A Moscou je suis bien sûr allé me recueillir sur le pont où a été assassiné Boris Nemtsov au moment où il s’apprêtait à publier son rapport sur l’Ukraine. J’ai été très heureux d’y voir aujourd’hui encore tant de fleurs déposées.

Je suis extrêmement heureux d’avoir pu retrouver la Russie ces quelques jours. Oui j’aime ce pays, et pourtant mon opposition à sa politique extérieure actuelle est totale, et en laissant le soin aux Russes de s’opposer à sa politique intérieure. Mais cette saine opposition ne saurait se limiter à de purs concepts théoriques, d’ailleurs vite érigés par certains en de nouvelles citadelles idéologiques que trop rassurantes. Non cette farouche opposition doit s’enrichir d’une connaissance des deux réalités locales. Et à vrai dire le moment de ce voyage à Moscou a été sans le vouloir extrêmement opportun. Là encore l’arrivée d’Emmanuel Macron dans le contexte international actuel redonne une chance a la France de rebattre les cartes de la grande Europe.

Objet de mon prochain billet.

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