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Un bon Conseil Européen, mais avec En Marche bizarrément très en retrait.

Ce fut donc le 1e Conseil Européen d’Emmanuel Macron. Une communication présidentielle parfaitement maitrisée comme il se doit, interviews à plusieurs journaux européens la veille du Conseil, une conférence de presse conjointe avec Angela Merkel en clôture du Conseil. Par contre étonnamment une communication En Marche un peu délaissée. On aurait pu avoir plus de pédagogie en direct, plus de références à certains passages de ces interviews ou bien mieux encore un suivi en direct de certaines évolutions du Conseil. En Marche doit rapidement se réinventer, de la formidable machine de comm à faire gagner des élections le mouvement doit se transformer en un mouvement de pédagogie civique pour accompagner le citoyen. ll ne suffit pas de brandir de beaux drapeaux européens dans des meetings, il faut maintenant expliquer l’Europe au jour le jour. En ce sens je n’ai pas été très impressionné. Dommage. D’autant plus que le matériel existe, il suffit de le résumer et le diffuser. Voir mes tweets @euroLC.

Évidemment je rêverais même d’un mouvement Europe En Marche qui exige bruyamment la totale transparence du Conseil, en ouvrant les débats aux caméras avec retransmission en directe des débats. La démocratie européenne y gagnerait beaucoup. La compréhension de l’Europe aussi. Car en fait qu’est ce qu’un Conseil Européen? Est-ce un instant privilégié de décision ou bien simplement une réunion utile mais sans grande conséquence?

Que restera-t-il de ce 1er CE?

  • Une décision de lancer une coopération structurée permanente sur la défense, au minimum entre la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie. Décision dont on a si peu parlé et qui est pourtant stratégique. Enfin on ose utiliser cette possibilité offerte par le traité de Lisbonne pour agir sur des sujets très lourds. On verra ce qu’il en sortira dans trois mois, mais c’est un pas très important dans la bonne direction.
  • La création d’un fond de Recherche et Développement dans le domaine de la défense est aussi une excellente nouvelle, même s’il faudra beaucoup de temps et beaucoup de persévérance pour réellement remodeler l’industrie de défense européenne. Mais saluons cette double décision sur la défense, et saluons la rapidité de réaction à une proposition de la Commission extrêmement récente. Un grand bravo pour cela.
  • Ce premier EUCO pour le Président français est aussi une première confrontation avec la réalité intergouvernementale européenne. Il faut plus que des bons sentiments et de la Comm pour influencer la politique européenne, et on a bien vu l’opposition de nombreux États à une protection contre un libéralisme naïf qui offre l’Europe sur un plateau d’argent à la Chine. On a vu aussi qu‘un buy act européen aura du mal à passer. L’occasion donc de tester, et d’accompagner, sur la durée les engagements de notre nouveau Président.
  • C’est également sur la durée que pourra se faire une réforme de la directive sur les travailleurs détachés. Contentons nous de constater que la confrontation avec les pays d’Europe Centrale sur ce sujet a suscité le début d’un dialogue très utile. À suivre donc.
  • Ce Conseil aura été sans le vouloir un appel à la vigilance entre une dichotomie possible entre communication et réalité comme le sujet des réfugiés le montre. On a eu à Bruxelles un Présidents très ouvert à la dimension humanitaire et démographique de cette question, et en même temps à Paris un ministre complètement enfermé dans une logique de peur. Il faudra choisir et assumer.
  • Excellente nouvelle, on n’a parlé ni du Brexit ni de la Grèce. Le Brexit ne doit pas devenir LE chantier européen, l’Europe doit bien plus se consacrer à son avenir. Et le dossier grec avait été (momentanément) traité juste avant le CE. Là aussi très bon signe.
  • Décision sur la lutte anti-terroriste sur internet et sur le maintien de la politique sur le climat.

Donc dans l’ensemble un CE utile et qui redonne une dynamique concrète à l’Europe. Et un avertissement à En Marche, ce n’est pas au Président seul d’assurer la pédagogie de son action européenne. Le mouvement qui le supporte doit s’investir plus sérieusement sur l’agenda européen. L’Europe ne doit pas être laissée dans les seules mains de conseillers intelligents qui préparent les décisions dans le grand secret des palais de la République. Si En Marche est sérieux sur l’Europe nous devons faire œuvre de pédagogie et de transparence pour redonner à l’Europe toute sa légitimité.

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