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Le Brexit à l’épreuve du bac

Comme ma fille a passé jeudi dernier son épreuve de géographie du baccalauréat je ne résiste pas au plaisir de me rappeler le sujet que j’avais eu en 1983: La Grande-Bretagne est-elle encore une grande puissance?

J’avais répondu que non, la Grande-Bretagne était une puissance moyenne, mais que la construction européenne lui permettait de participer au devenir d’une nouvelle puissance mondiale, à laquelle elle avait beaucoup à apporter. J’avais eu un 19 sur 20, mais à vrai dire avec les années de recul j’aurais sans doute mérité tout au plus un 8 sur 20, tant je me suis trompé sue le compte de l’Europe.

En l’espace 33 ans l’Europe n’est pas devenue une puissance mondiale, sauf en matière commerciale, mais cela ne suffit pas à établir une puissance mondiale. Une puissance donc plus qu’inachevée, avortée, qui s’est perdue dans des méandres intergouvernementaux et souverainistes pour les moins paralysants, de fait complètement destructeurs. Et qui ont transformé l’idéal européen en un machin incompréhensible, incapable de prévenir quelle que crise que ce soit, par contre très habile pour les susciter ou les aggraver, puisque incapable de les maîtriser.

Pire l’Europe est devenu un projet qui a complètement trahi ses idéaux, les principes même qui le définissaient. La structure politique actuelle de l’Europe est tout sauf démocratique; la crise de 2008 et ses contrecoups qui ne sont pas encore achevés nous ont mis en évidence la scandaleuse hypocrisie de cette Europe qui n’est qu’un agrégat d’égoïsmes nationaux. Et puis cerise sur le gâteau, la crise syrienne nous montre une Europe non seulement lâche, mais aussi affreusement dénuée d’humanité, reniant sans aucun scrupule ce qui fit ou devrait faire son identité, charité chrétienne, fraternité ou bien solidarité. Rien. L’Europe de ce début du XXIème siècle a tout perdu, a tout cassé, a perdu son âme.

Et c’est ce moment précis de l’histoire de la déconstruction européenne que le Premier Ministre britannique choisit pour poser la question à son pays: Grande-Bretagne veux-tu faire encore partie de ce projet qui a failli ?

Je suis très heureux de ne pas être britannique et de ne pas avoir à répondre à la question. Car en vérité ce n’est pas facile de dire oui à ce projet en l’état, ce n’est pas cette Europe que nous voulons et les mots ne sont pas assez durs pour exprimer la colère d’un franco-allemand anglophile face à ce que l’on a fait de l’Europe. Nous avons perdu 33 ans.

Alors comment trouver le courage de dire oui, de faire confiance à ceux qui gèrent avec délice notre chute commune depuis si longtemps, pour tenter de reconstruire ce qu’aurait dû être, ce que devrait être l’Europe? Comment faire sortir de ce monstre verbeux mais totalement inefficace une Europe dont même la Grande-Bretagne pourrait être fière ?

Nouvelle chimère digne du jeune adolescent de 1983 ? Peut-être, mais à vrai dire les 33 années d’échecs et d’espoirs déçus, ont plutôt renforcé mes convictions fédérales.

Non la Grande Bretagne, qui risque demain de n’être plus que la petite Angleterre, ne sera plus jamais une grande puissance, et donc ne pourra plus défendre ses valeurs, si elle ne participe pas rapidement et de façon active à la construction d’une Europe fédérale.

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