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L’Europe sera Solution ou ne sera pas

Les premières réactions des pro-européens français au Brexit me laissent sceptiques. Il est à mon sens illusoire de croire qu’il suffira de lancer un grand débat sur l’Europe au moment des Présidentielles pour redonner goût à nos concitoyens à l’Europe. Les Français, comme tous les Européens en ont particulièrement assez de ces exercices qui ne sont que des exercices de communication. Le dépit est tel que l’on risque d’atteintre le contraire de ce que l’on cherche, au grand plaisir d’une certaine Marine Le Pen. Et je dois dire que tout fédéraliste que je suis, je partage avec les souverainistes les plus populistes une réelle exaspération face aux mots creux des grands débats européens. Mots qui resteront creux tant que la réalité européenne n’aura pas prouvé le contraire.

Il est tout aussi illusoire de croire que notre Europe intergouvernementale actuelle est prête à faire le grand saut fédéral qui l’a sortirait du danger de mort auquel elle fait face. Je ne vois ni les leaders politiques, ni les mouvements populaires nécessaires à une telle évolution.

Et ce n’est pas un énième débat institutionnel qui va régler la crise. Que l’on nous épargne les faux semblants du débat de 2005. Les Européens ne veulent pas aujourd’hui du blabla institutionnel mais des solutions concrètes. Et Lisbonne permet d’en apporter de vraies. Aujourd’hui.

Tous les référendums sur l’Europe, néerlandais, français ou britannique, ont tous montré que la plus brillante raison est incapable de vaincre les émotions négatives que l’Europe suscitent dorénavant. L’Europe est devenue, à tord ou à raison le symbole d’une structure diplomatique, non politique, non démocratique, et terriblement inefficace dans la résolution des crises et des défis que les États européens pourtant partagent ensemble. La perception est que l’Europe a complètement failli à nous défendre face à la monté de nouveaux acteurs mondiaux et face à la globalisation, que l’Europe est incapable d’aider ses enfants dans la crise, pire que l’Europe est incapable de défendre ses valeurs qui gisent quelque part en Méditerranée auprès de 10’000 cadavres qui l’accusent en silence. Pas une crise que l’Europe a su habilement surmonter depuis 2005, et vous voulez que les électeurs veulent davantage de cette Europe-là?

Qui veut reconstruire la maison européenne doit d’abord avoir l’humilité et l’honnêteté de faire le constat douloureux du total échec de l’Europe actuelle. Et au lieu de tracer des plans sur la comète qui sont autant d’insultes à ceux que l’Europe a trahi, il conviendrait sur une question, et pour l’instant sur une seule, de montrer que l’Europe peut apporter une solution et donc mériter à nouveau notre estime. Comme nous connaissons la faiblesse de nos réalisations, ayons la modestie de tenter de reconstruire une émotion positive sur un seul des défis qui assaillent l’Europe.

Ne prenons surtout pas la Défense, sujet certes essentiel, mais qui demande bien trop d’abandon de souveraineté, et qui ne souffre aucune approximation. Ce serait le fiasco assuré.

Il serait aisé de prendre la question des dettes souveraines, la réponse a déjà été solidement travaillée. Il suffirait de créer le fond européen de rédemption proposé en 2012 par cinq économistes allemands qu’Angela Merkel a refusé d’écouter. Mais justement vous voyez vraiment Schäuble and Co accepter aujourd’hui le bon sens de cette solution européenne? Je n’y crois pas une seconde, inutile d’aller discréditer plus encore l’idée européenne dans cette direction.

La croissance et l’investissement dans l’avenir me dites vous? Idée bien sûr pertinente, mais je ne suis pas sûr qu’elle débouche sur quelque chose de suffisamment visible et mesurable pour que l’on puisse réveiller sur ce chantier, certes essentiel, la flamme européenne de ce continent à l’abandon.

Est-ce parce que je suis à Berlin que je suggérerais à l’Europe de faire la question des réfugiés et de l’immigration le projet où l’on puisse instrumentaliser une solution européenne de façon suffisamment profonde pour enfin montrer que l’Europe est bonne à trouver des solutions aux problèmes du moment? Certes il ne serait pas inopportun de commencer par un sujet qui plaise à l’Allemagne, pour mieux faciliter l’agrément de l’Allemagne sur des sujets qui lui seraient moins facile de porter par la suite. La résolution de la question de l’immigration en Europe permettrait de sauver Schengen, qui est le symbole d’une liberté d’aller et de venir, qui est sans doute la liberté européenne la plus tangible pour nos concitoyens. Cela permettrait aussi de sortir de solutions germano-turques qui n’ont pas convaincu sur ce sujet, et de solutionner une question des plus pratiques tout en retrouvant, enfin, une adéquation avec nos valeurs proclamées. Faire de ce sujet une coopération renforcée entre les seuls États-Membres prêts à tenter sérieusement l’expérience, permettant une gestion fédérale, donc démocratique et efficace, de cette question fondamentale qui concentre aujourd’hui les haines et les déceptions, et qui, résolue par l’Europe, permettrait de recréer un terreau d’émotions positives en faveur de la construction européenne.

Modeste, mais finalement sacrément ambitieux. Car si l’Europe est incapable de faire cela, à quoi bon l’Europe est-elle donc utile?…

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