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#EP2019 – Inquiétudes, impatience mal maîtrisée et détermination.

Les élections européennes sont dans à peine neuf mois et rien ne laisse présager la structuration d‘un véritable sursaut européen.

LaREM s’est immédiatement inclinée devant un Parlement Européen refusant de promouvoir des listes transnationales et pan-européennes. L’audacieux candidat s’est rangé derrière le chef d’État réaliste qui ne veut pas gêner ses pairs du Conseil Européen en intervenant dans leurs garde-mangers politiques respectifs. Donc pas d’En Marche européen. Et un grand merci à Volt de jouer le rôle du très utile trublion, et au PDE d’essayer encore. Sans véritable parti pan européen aucune chance de sortir de l’Europe des États.

On va voir ce que LaREM sortira comme programme, mais on peut craindre deux écueils, la traditionnelle prise en otage de l’élection par les opposants nationaux qui iront chercher LaREM sur son agenda national et non pas européen (scénario d’autant plus crédible que le gouvernement n’a toujours pas réussi à convaincre sur la question stratégique de l’équité sociale), et la fuite en avant dans des grands discours qui planteront une vision européenne certes brillante mais bien trop éloignée de notre réalité européenne immédiate, et donc somme toute peu utiles face à l‘urgence actuelle. La vision stratégique a déjà été délivrée par le candidat et par le Président lors de superbes discours, mais ce dont l’Europe a besoin maintenant, ce que les citoyens attendent, c’est une approche tactique extrêmement réaliste, ce qui ne veut pas dire dépourvue d’ambition. Il nous faut s’attaquer à tous ces obstacles qui ne sont que trop là, et qui sont malheureusement là pour longtemps. Rester sur une vision brillante sans s’intéresser aux chemins d’accès concrets finirait par nous discréditer.

Je crains aussi quelque part la savante bataille des experts, la réunion de tous nos grands docteurs auscultant bruyamment le poumon de notre pauvre euro-zone et s‘offrant une fantastique jouxte oratoire, certes digne de Molière, mais qui n‘intéressera personne, bien au contraire, et qui en tout cas n’impressionnera sans doute pas une Allemagne qui depuis le rapport Werner (1970 !…) dit non à la logique fiscale, budgétaire, politique que sous-tend toute idée d‘union monétaire.

Il faut aussi une équipe qui aille se battre pour faire gagner l‘Europe. Pour l‘instant on sent parfaitement la motivation, l‘énergie, mais il faudra plus, de véritables leaders, des voix claires et bruyantes.

Bon rangeons mes appréhensions et espérons que nous aurons cette catharsis démocratique capable de faire naître, même si c‘est dans la douleur, cette Europe enfin démocratique, et non plus essentiellement diplomatique, enfin à plusieurs vitesses, et non plus consensuelle jusqu’á la paralysie, enfin concrète et efficace dont nous avons tant besoin.

Il ne s‘agira pas seulement de reporter un programme largement extrait de la Grande Marche pour l‘Europe (oui, je suis impatient), mais d‘oser des solutions courageuses. On sent bien que cette pauvre Union Européenne est à l‘agonie entre des guerres internes qui ont rabaissé la Commission et une pratique intergouvernementale qui avait déjà tué l‘Europe avant que les populistes nationalistes ne viennent porter le coup final.

Il faut lancer immédiatement la construction du noyau fédéral européen, sur une base volontaire, sans grande architecture d‘ensemble, en travaillant concrètement mais audacieusement sur une série d‘initiatives spécifiques. La première d‘entre elle aura été l‘Initiative Européenne d‘Intervention. Un très grand bravo et surveillons le bébé de près pour être sûr qu’il réussisse. Mais il faut immédiatement beaucoup d’autres initiatives, sur la fiscalité pour faire rapidement converger la fiscalité des pays volontaires, sur la loi sur les faillites (dont la convergence aurait dû être une des pierres angulaires de l‘Union Bancaire), sur l‘assurance chômage européenne, sur la restructuration de la dette, sur l‘immigration, sur l‘énergie, sur le changement climatique etc, etc. Pour contourner la paralysie de l’Union actuelle et montrer une Europe qui enfin délivre les solutions que les citoyens sont en droit d’attendre d’elle.

Il serait heureux que la France soit à l’origine de nombreuses de ces initiatives. En gardant à l’esprit qu’il n’y a pas d’État incontournable. Aucun. Ni de ce côté du Rhin, ni de l‘autre côté.

Le but du jeu sera bien sûr de ne pas répéter sur ces initiatives les erreurs commises tant par l’Europe communautaire que par l’Europe intergouvernementale. Il faudra donc que chacune de ces initiatives applique la même gouvernance fédérale, à savoir une direction supranationale, responsable devant et pleinement controlée par le Parlement Européen réduit aux représentants des États participants à ces initiatives et par un sénat européen représentants les États et les parlements nationaux des États participant à ces initiatives. Toutes les décisions concernant ces initiatives se prendront à la majorité. Ceci sans grand texte ni grande pompe, en somme une approche constitutionnelle assez … britannique. Et il est d’ailleurs très heureux que la Grande-Bretagne participe à la première de ces initiatives.

Nous n‘avons plus le choix, il nous faut oser le grand saut en avant. Les populistes replongent l‘Europe dans une nouvelle crise, utilisons-là pour faire naître le cœur fédéral européen. Nous aurons partout des élections difficiles, nous n’avons donc d’autre choix que clairement nous dévoiler pour mieux rassembler, tous les européens convaincus, bien au-delà de la majorité présidentielle actuelle.

#WeAreEurope – #EP2019 ? Audace et courage !

 

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