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Europe, osons la vérité.

Emmanuel Macron avait fait le pari fou de réintroduire l‘Europe dans le débat politique français lors des présidentielles, et ce fut un succès rafraichissant. Nous étions alors sur la ligne définie dans le chapitre Refonder l’Europe de son livre Révolution et qui tient dans cette excellente formule: „un Européen convaincu, même enthousiaste, mais lucide et sans complaisance“. Et cela correspondait parfaitement à ce que les Français voulaient entendre.

Puis on a eu, et on a, Macron-Président égrenant une vision européenne au fil de trois discours, d’un silence pesant et maintenant d’un oriflamme claquant au vent. Le premier discours, à Athènes, fut selon moi le meilleur, un Macron dénonçant les guerres civiles européennes qui déchirent encore l’Europe, et posant à note civilisation européenne cette question lancinante, qu’avons-nous fait de la démocratie dans notre projet européen? Le deuxième discours, à la Sorbonne, a eu le retentissement que l‘on sait. Mais quel que fut le succès de ce discours, constatons humblement un an plus tard que l’Europe ne se fait pas seul, même du haut du pupitre d‘un brillant énarque. La vision la plus intelligente soit-elle n’a finalement que peu d’intérêt si elle n’est ni partagée, ni ne tient compte des réalités du moment… C’est sans doute pourquoi le troisième discours, prononcé à Aix la Chapelle a été plus virulent, hé Angela, c‘est maintenant que cela se passe, c‘est pour quand le réveil? La question a été suivie d‘un long silence qui n‘a toujours pas été rompu. Et donc exit le doux rêve d‘une vision française de l‘Europe qui serait soudain devenue réalité grâce à une baguette magique allemande qui n‘existe pas. Finalement les illusions sont toujours condamnées à se fracasser sur l‘entêtement des réalités, et il n‘est pas très sain lorsque l‘on est Président de se bercer trop longtemps d‘illusions.

L‘oriflamme c‘est celui donné par Orban venu adouber Macron preux chevalier de l‘Europe libérale et démocratique. Le Président s‘en est saisi avec une joie non dissimulée, tout heureux de pouvoir redonner une dynamique à son message européen, et sans doute un tantinet nostalgique du grand plaisir que Marine LePen lui avait procuré lors du duel du deuxième tour.

Il est vrai que la défense de la démocratie en Europe et la défense des valeurs qui sont inscrites dans le Traité sur l‘Union Européenne appartiennent à un combat sacré à un moment de déliquescence générale. On commence même à parler de weimarisation de l’Europe tant le processus de montée des extrêmes rappelle la dégénérescence démocratique de l’Europe des années trente. Mais il ne suffit pas de crier au loup en bombant le torse, encore faut-il pouvoir proposer une voie européenne crédible et réaliste, répondre aux attentes immédiates et aux frustrations des Européens. Sinon nous risquons effectivement de tomber comme Weimar est tombé.

Il ne serait donc pas inopportun de revenir très rapidement à l‘esprit „européen convaincu, même enthousiaste, mais lucide et sans complaisance“. D‘autant plus que certains messages donnés par les Français lors de la Grande Marche pour l‘Europe ne font que conforter la pertinence de cette position. 81% des Français interrogés par les marcheurs nous ont dit que l‘Europe est importante mais que la réalité n‘est pas à la hauteur des promesses. Génial, puisque c’est tellement vrai. Ce qui n’empêche pas 88% de ces mêmes personnes interrogées de penser que cela vaut la peine de se battre pour améliorer l‘Europe. Là aussi génial, et mettons-nous enfin au travail. Il serait donc dangereux de s‘enfermer dans un oriflamme trop simplificateur, trop complaisant à notre égard, donnant bien trop d‘importance à ce minable d‘Orban et ne répondant pas aux défis à la fois urgents et immenses de l‘Europe actuelle.

L‘Europe intergouvernementale que nous connaissons depuis le Conseil de Nice de 2000 est en train de mourir sous nos yeux. N’ayons pas peur de le reconnaître. D’autant plus que personne ne songe sérieusement à la défendre. Et pour cause. Une Europe qui n‘a jamais cessé de faire semblant et dont les résultats sont pour le moins modestes. Mais s‘il est vain de chercher à maintenir en vie un monde qui se meurt, il nous appartient néanmoins d‘écrire la suite. C‘est à nous qu‘incombe la responsabilité d‘écrire le troisième chapitre de la construction européenne. Que voulons-nous après les échecs de l‘Europe communautaire (1951-1999) et de l‘Europe intergouvernementale (2000-2018) ? Personne ne sait qu‘elle nom va prendre cette nouvelle Europe, et je l‘appelle à défaut l‘Europe Solution. Une Europe, selon moi, extrêmement ramassée, loin des flon-flons européistes béats, concentrée sur quelques sujets où les États montrent clairement leurs limites, et régie sur ce seul périmètre d‘action par des institutions efficaces et donc vraiment démocratiques. C‘est de cela qu‘il faut parler durant notre campagne des Européennes, partout en Europe. Et donc ne pas se perdre uniquement dans les grimaces inadmissibles d‘Orban. C‘est ce que les Européens attendent de nous. Le courage, l‘humilité mais la détermination du maçon et de l‘architecte, et non pas l‘arrogance hypocrite d‘un preux chevalier dont la brillante cuirasse laisserait vite voir bien des défauts. Osons la vérité. L’Europe est morte, vive l’Europe !

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