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Macron, de quoi l’année 2019 sera-t-elle faite ?

La crise politique initiée par les gilets jaunes n’est toujours pas maîtrisée. On ne sait pas bien si c’est la trêve des confiseurs qui nous vaut ce silence ou bien si nous sommes dans la même piètre gestion de crise à laquelle nous avions eu droit lors de l’affaire Benalla qui, triste hasard, se rouvre à nouveau. Il faudra donc en janvier remonter au front mais, espérons, avec plus de doigté.

L’allocution du 10 décembre était bonne … même si … même si les ors de la République étaient de trop, même s’il n’était pas nécessaire de tant creuser le déficit budgétaire, même s’il eut été plus habile de davantage donner en empathie, en engagement de refonte complète du système fiscal, en pédagogie, qu’en monnaie sonnante et trébuchante presque trop vite donnée au regard des efforts demandés au pays depuis un an et demi, même si le cercle de décision a été apparemment singulièrement étroit, et a même exclu les principaux membres du gouvernement. Un test de gouvernance donc encore pas très réussi. Peut mieux faire. Doit mieux faire.

Mais bon, allons de l’avant. Alors ne nous enfermons pas dans une querelle de rats des villes contre rats des champs, cessons de nous envelopper du blanc manteau de pseudo-progressistes face au danger non-démocratique.  Pour mieux désarmer les ennemis de la Républiques commençons par adresser sans tarder les maux qui sont à la base de cette Jacquerie. Et faisons-le d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’une poussée de fièvre fortuite, mais qu’elle préfigure bien au contraire un déséquilibre de plus en plus structurel entre ceux qui parviennent à surfer sur la vague nouvelle et ceux qui se sentent de plus en plus refoulés par cette lame de fond portée par de nouveaux paradigmes économiques et que l’on retrouve sous toutes les géographies. Il serait intéressant d’entendre actuellement à ce sujet un Jeremy Rifkin, auteur d’une zero marginal cost society qu’il présentait comme une libéralisation et qu’une masse grandissante perçoit comme une menace immédiate et étouffante. Je suis pour ma part convaincu que la première réponse à apporter est une refonte complète de notre fiscalité qui devra se baser davantage sur l’équité que sur l’égalité, et inclure une bonne dose de gratuité pour certains. Cela dépasse de loin les cadeaux éphémères généreusement distribués et qui risquent d’ailleurs de n’être ni reconnus ni compris.

Au lieu de nous enfermer dans un climat de guerre civile rappelons-nous du triste référendum de 2005, où pour la première fois les arguments de la simple raison ne sont pas arrivés à mordre sur une émotion négative de rejet, de méfiance, de peur. Et cette émotion négative ne faisait en fait que s’appuyer sur une Europe en laquelle on ne pouvait plus croire puisqu’elle avait si longtemps fait semblant, si souvent trompé. Nous retombons aujourd’hui dans la même situation, cette fois au sujet de notre contrat social. Certes il ne s’agit pas d’abandonner la raison, mais la raison seule reste insuffisante si l’on ne sait pas l’habiller d’une émotion positive et fraternelle qui puisse nous remobiliser sur un but commun. Sincèrement. Sans faux-semblant. Décidément Rabelais demeure indépassable, puisque face aux gilets jaunes science sans conscience reste ruine de l’âme.

Il en va de tout le programme du quinquennat, que je défends ardemment. S’il ne s’agit que de l’appliquer car sorti du cerveau de brillants technocrates ayant doctement analysé les manquements des politiques gouvernementales depuis 30 ans, nous irons droit à l’échec. Il ne s’agit pas de dérouler la logique implacable d’un tableau excel sorti de la cuisse de Jupiter mais de rassembler notre pays pour l’adapter et rentrer tous ensemble dans un monde nouveau. En partageant fraternellement le dur fardeau, et ce faisant nous retrouver tous ensemble unis, une fois de plus, par les orages traversés ensemble.

La forme, comme toujours, est tout aussi importante que le fond. Il est regrettable que le Macron du 2 mars 2017 (vive défense de l’aspect social de son projet en réponse à un journaliste) ou celui de la discussion animée avec les employés de Whirlpool (26 avril 2017) ait laissé la place à un Président bien silencieux durant les crises. S’il veut sauver son quinquennat le Président de la République doit piétiner au plus vite la couronne monarchique qu’il a cru bon de se de mettre sur la tête, et bruyamment éclater de rire devant les Français en se rappelant les rêves jupitériens qui lui ont traversé l’esprit, lorsque lui, le simple Emmanuel, fils prodige mais bel et bien fils du peuple, s’est retrouvé tout à coup propulsé Président de la République. On lui pardonnera alors de tels égarements, pourvu qu’il redevienne le jeune Emmanuel Macron plein d’allant et plein d’empathie pour ses concitoyens. Je lui conseillerai même d’en finir avec l’Elysée, ce funeste palais qui empêche nos présidents d’échapper au pouvoir maléfique des ors de la République.

Bref il doit accepter en bon sportif le coup de poing somme toute salvateur qu’il vient de se prendre en pleine figure,  remonter sur le ring, couvert de sueur et le nez quelque peu sanguinolent, mais combatif plus que jamais, car sachant pourquoi il est venu sur ce ring, et se battant pour la France, toute la France. Battons-nous avec lui, encourageons-le à reprendre le combat, avec cette fois un style autrement plus collectif. Reprenons le déroulé du programme là où les Gilets Jaunes ont eu la bonté de l’interrompre pour nous rappeler fort à propos que ce programme devait être aussi le leur, c’est à dire le nôtre à tous, pour que nous puissions vraiment gagner tous ensemble.

Je reste convaincu que cela ne se fera pas sans virer une équipe de communication qui apparemment n’a absolument rien compris ni à la relation Président-Pays ni à ce que doit devenir la démocratie au XXIème siècle, et malheureusement sans changer de Premier Ministre. Malheureusement, parce que l’actuel n’a pas failli, il aura même fait un travail remarquable, à l’exception de cette limitation de vitesse à 80Km/h aussi stupide que politiquement suicidaire. Mais le Premier Ministre actuel n’est pas le plus à même d’incarner la fraternité républicaine qu’il nous faut retrouver pour redonner foi à tous les enfants de notre admirable République. Il faut donc en prendre un autre dès janvier (Bayrou ? Bertrand ? … ?), sinon les messages, aussi pertinents soient-ils, ne passeront pas et ce sera alors bel et bien l’échec.

On aura remarqué que je n’aurais dans ce post pas perdu beaucoup de temps sur les questions de sécurité ou sur la récupération d’extrême-droite qui a scandaleusement terni l’image du mouvement des gilets jaunes. Mais c’est que pour cela il y a des lois et des forces de l’ordre dont la mission est de faire respecter de façon implacable l’ordre républicain. Un point c’est tout. Aucune liberté aucune laissée aux ennemis de la République. Point.  Sans aucun compromis. Mais que l’on ne fasse pas de cette simple hygiène républicaine tout un programme de sortie de crise.

Notre sujet aujourd’hui c’est de trouver l’équilibre social que la société digitale et globale requiert pour être politiquement acceptable. Nous avons passé plus d’un siècle à trouver l’équilibre social que la société industrielle requérait pour enfin devenir politiquement acceptable, soyons plus intelligents et donc plus rapides cette fois-ci, et ne méprisons pas ceux qui ont la pertinence, ou la douloureuse nécessité, de poser la question avec insistance. Dépêchons-nous de trouver ce nouvel équilibre car c’est loin d’être la seule question stratégique posée sur la table.

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