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Quatremer, bien sûr qu’il faut achever l’Euro.

Un grand merci à Jean Quatremer pour avoir remis à jour et compléter Ces Homme qui ont fait l’Euro et que j’enrageais de ne pouvoir lire. Cette fois-ci je me suis réveillé à temps et ai pu télécharger en toute tranquillité Il faut achever l’Euro. Vive le format digital.

Une somme incroyable d’informations sur la création de l’Euro de … 1968 ( !) à aujourd’hui. Le livre est une chronologie très détaillée, et passionnante, de toute cette aventure. Aventure incroyable au regard de la suite interminable d’obstacles et de conflits qu’il a fallu surmonter pour avancer. La difficulté et la lenteur du cheminement laissent d’ailleurs le lecteur malheureusement bien pessimiste sur les chances de voir d’autres projets européens de cette ampleur vu l’absence de volonté européenne et vu la vacuité du couple franco-allemand actuelles. Il faudra sans doute attendre une autre équipe en Allemagne, en espérant que lorsqu’elle sera là, la France ne soit pas elle à ce moment là, à son tour, livrée aux eurosceptiques.

Le livre montre très bien une Europe victime du suicide intergouvernmental que l’on commet avec joie depuis près de 20 ans maintenant. Il montre aussi les faiblesses de la gestion, ou plutôt de la non gestion, par l’Europe de la crise, la folie qu’il y a eu à soutenir les banques sans conditions et à refuser de réellement soutenir les états face aux attaques sur les dettes souveraines.

Je suis par contre plus critique que Jean Quatremer (ou que le Conseil) sur la non-application des critères de Maastricht, de la création de l’Euro jusqu’à la crise de 2008-2012. Négligence que je trouve particulièrement scandaleuse au regard de l’intransigeance la plus brutale apparue tout à coup durant la crise. Rappelons qu’1999 seuls 5 des 11 états fondateurs de l’Euro respectent le critère d’endettement et tout le monde trouve cela normal (voire mon petit essai Europe Coupable, Europe Solution).

Je suis également plus critique que Quatremer sur la réalité de l’Union Bancaire qui reste pour moi plus que timide 6 ans après sa création.

Dans un autre registre les quelques exemples donnés par Jean Quatremer sur le scandale que constitue l’absence de contrôle de l’utilisation des fonds structurels sont malheureusement très pertinents. On souhaiterait entendre davantage le Parlement Européen sur le sujet.

Quatremer montre également très bien le mécanisme de la ‘’Mafia des droites européennes’’au sein du Conseil et dont la majorité PPE pardonne toujours aux membres du PPE (Orban en Hongrie ou Rajoy en Espagne par exemple) mais jamais à ceux qui n’en font pas partie.

Quatremer peint une Europe inter-étatique  complétement dominée par le plus puissant de ses états, l’Allemagne, et qui donc subit également le poids des erreurs allemandes. Le résultat n’est franchement pas très brillant puisque 25 ans après le lancement du marché unique Europe est de nouveau complètement morcelée. L’histoire n’est pas tendre non plus avec une France qui après le départ de Mitterrand n’a pas su exister. Et si Macron a mis enfin fin à ce silence français, ce n’est pour l’instant que pour laisser la place à un prêche dans le désert de madame Nein, ce qui ne laisse à court terme aucune chance à une nécessaire refondation européenne.

Etonnamment ceux qui contestent le plus l’Europe aujourd’hui sont les plus grands défenseurs du modèle d’une Europe des Nations qui n’est rien d’autre que l’Europe actuelle. Les populistes n’ont pas besoin de gagner les Européennes, l’Europe actuelle est déjà la leur. Les états ont déjà tué l’Europe.

Si l’Europe souhaite un jour renaître de ses cendres cela ne pourra se faire que par la démocratisation des décisions européennes et du contrôle de leur application, donc par une Europe politique plus fédérale. Même si cette Europe devra se contenter d’exister sur les seuls domaines que le principe de subsidiarité appliqué par un jeu démocratique européen voudra bien lui laisser. Sinon nous poursuivrons notre triste chute aux enfers actuelle, avec  une intensification constante des conflits entre nationalismes de moins en moins éclairés, une chute que trop européenne, habituellement ponctuée de drames intenses, ceux-là mêmes qui nous avaient jadis convaincu de construire une Europe unie…

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