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Pas convaincu par la lettre de Macron aux citoyens européens

Il est sans doute temps pour moi de quitter le militantisme d’En Marche. Trop de frustrations accumulées viennent s’échouer sur  la lettre qu‘Emmanuel Macron vient d’adresser aux Européens et avec laquelle j‘ai bien du mal.

Tout d‘abord était-il habile, à quelques petites semaines du scrutin, d‘immédiatement discréditer la future tête de liste d‘En Marche aux Européennes, avant même qu‘elle ne soit nommée ?  N‘aurait-il pas mieux valu que ce soit elle qui porte un message capable de rassembler pour ces élections? D’autant plus que nous avons maintenant une candidate naturelle qui sort du lot par son expertise et son habilité, à savoir Nathalie Loiseau. C‘était à elle de lancer la campagne par un acte fondateur fort. Mais le réflexe pavlovien bonapartiste de notre jeune président est tel qu‘il refuse d‘envisager un scrutin européen qui ne soit pas un référendum sur sa personne.

Cette considération passée on entame la lecture de cette lettre en étant immédiatement affligé par la piètre qualité du style du premier tiers du document. Mais qui donc a écrit cette introduction ? Un patchwork de phrases agencées sans aucune logique, parfois même contradictoires. Un charabia indigeste pour déboucher sur l‘idée de Renaissance européenne. Tiens tiens se dit-on, c’est amusant de constater que ce style plus digne d‘un Sarkozy que d’un Macron, qui nous avait habitué à beaucoup mieux, débouche sur une idée que Sarkozy avait lui-même testée en 2014, la fameuse renaissance européenne. Un Sarkozy que l‘on sait visiteur habituel de l‘Élysée… Et là tout à coup c‘est un brin d‘effroi qui vous saisit. Un Macron dépité va-t-il maintenant se contenter de mettre ses pas dans les pitreries européennes d‘un Sarkozy ?

La suite du texte est meilleure dans la forme, mais le fond laisse aussi songeur. Conséquence de l‘immobilisme total de l‘Allemagne et de l‘incapacité de la France à faire surgir des majorités en Europe, exit la liste impressionnante des bonnes intentions du discours de la Sorbonne. Intéressant de constater à ce sujet que l‘on ne dit pas un mot de la réforme de la zone Euro qui était l‘obsession, à tord ou à raison, de la France du début du quinquennat. On se contente de cibler trois idées essentielles autour de l‘Europe de la liberté, l‘Europe qui protège et l‘Europe du Progrès, et qui se traduisent cependant encore par une liste à la Prévert de solutions miracles (agence européenne de protection des démocraties, office européen de l‘asile, etc) que l’on nous assène sans bien nous dire comment l‘Europe actuelle pourrait bien les mettre en place ni quelles politiques concrètement elles devraient suivre. Bref une Europe qui, une fois de plus, annonce des lendemains qui chantent sans oser adresser le mal qui la ronge et qui même finit par détruire tout ce qu‘elle entreprend, à savoir l’absence de gouvernance vraiment démocratique pour dépasser la paralysie de l‘Europe intergouvernementale actuelle. Inutile de créer des nouvelles institutions si leur gouvernance est aussi peu efficace que celle de l’Union Européenne actuelle.

Tant que nous resterons aveuglés par le mythe de la convergence au lieu d‘adresser la question clé de la gouvernance l‘Europe n‘avancera pas. Si Macron poursuit dans cette voie il n‘apportera rien de solide à l‘Europe. Pour être clair mieux vaut pas d‘Europe de la défense du tout qu‘une Europe de la défense aussi bancale et peu efficace que l‘Europe actuelle. Le vrai défi de l‘Europe est de construire, quelque soit le sujet abordé, une Europe qui puisse décider et agir rapidement, dans un cadre démocratique légitime, et donc réduire sans doute le périmètre européen à un noyau fédéral que lui laissera l’exercice d’une saine subsidiarité européenne. Le reste doit appartenir à la richesse d‘initiatives citoyennes, à des politiques locales, régionales, nationales. Cela pourrait être cela le cadre d‘une renaissance européenne.

Aujourd‘hui qui a la pertinence de mettre en avant cette question clé de la gouvernance européenne ? Peut-être Volt, les Fédéralistes, quelques écolos.  Cela ne fait pas grand monde.  En tout cas l‘auteur de la lettre aux citoyens européens passe complètement à côté du sujet. Très dommage et pas du tout rassurant.

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