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AKK et Macron, similitudes.

Un grand merci à AKK qui a enfin apporté une réponse rapide et étayée à Macron. Macron a lancé sa lettre aux citoyens européens le 4 mars, le 10 AKK répondait par un article dans le Welt.

Intéressant de constater que cette réponse intervient après près de deux ans de silence allemand aux propositions françaises, et à un moment où la frustration française est telle que la lettre de Macron du 4 mars ne mentionne même plus du tout le couple franco-allemand comme moteur de la construction européenne, comme si la France désabusée n’y croyait plus.

La presse française a été très sévère avec la réponse d’AKK, la qualifiant d’extrêmement modeste, très en-deçà des attentes françaises, et aura surtout retenu les sujets qui fâchent, des chiffons rouges bêtement agités devant les susceptibilités françaises, comme la suppression du siège du Parlement Européen à Strasbourg, ou la demande d’un siège européen au Conseil de Sécurité des Nations Unis, demande complètement illusoire tant que nous n’avons pas l’ombre d’une politique étrangère européenne crédible.

Pour ma part je me permets de critiquer les deux interventions et de souligner leur très grande similitude sur le fond. Les deux reconnaissent l’urgence qu’il y a à agir face aux menaces qu’elles soient géopolitiques, migratoires, technologiques ou climatiques. Les deux constatent que les citoyens, selon Macron, se demandent toujours mais  »où est l’Europe ? que fait l’Europe ? » et selon AKK attendent de l’Europe plus de  »clarté, d’orientation, de capacité d’action ». Et les deux se lancent dans des listes à la Prévert de chantiers qu’il faut lancer pour répondre aux défis du moment. Et je vous épargne cette liste de nouvelles agences européennes ou nouveaux projets que l’on vous assène continuellement dès que l’on parle d’Europe. Mais aucun des deux ne livrent la baguette magique qui peut transformer cette liste de bonnes intentions en une réalité enfin concrète et conséquente.

Je suis sans doute un observateur européen un peu trop exigeant et donc plus qu’échaudé par cette Europe qui n’a jamais cessé de mentir et ne cesse de faire semblant. Cette Europe qui se gargarise de paix mais n’a pas su arrêter hier la guerre en Yougoslavie aujourd’hui en Ukraine, cette Europe de la stratégie de Lisbonne qui nous annonçait en grande pompe en 2000 qu’en 2010 l’Europe serait l’économie de la connaissance la plus innovante et la plus moderne du monde alors qu’aujourd’hui nous vivons sous les GAFA américains ou la dépendance de Huawei pour la mise en place de la 5G, cette Europe si peu perspicace et si peu solidaire qu’elle a poussé durant la crise l’Europe Méditerranéenne et l’Europe Centrale dans les bras de créanciers chinois, aberration géopolitique dont on commence doucement à comprendre la folie.

Ces échecs coupables se sont ceux de l’Europe intergouvernementale que nous connaissons depuis le Conseil de Nice de 1999. Une Europe du chacun pour soi, de querelles d’épiciers qui ne parviennent jamais à mettre en avant l’intérêt commun, ni à enfin utiliser le levier européen.

Ce qui manque tant à Macron qu’à AKK c’est une méthode pour sortir l’Europe de cette paralysie intergouvernementale. Pire nos responsables politiques pensent flatter les électeurs en accentuant le trait intergouvernemental au lieu de jouer leur rôle de pédagogues et de pionniers. Madame Kramp-Karrenbauer il ne s’agit pas de négliger ou détruire les États-Nations, mais qu’elle est précisément cet équilibre entre méthode intergouvernementale et méthode communautaire que vous évoquez extrêmement rapidement? M. Macron que mettez vous dans votre ‘’conférence pour l’Europe afin de proposer tous les changements nécessaires à notre projet politique, sans tabou’’ ? Silence. Dommage car Macron avait su au moins posé la question de la démocratie européenne devant la colline de la Pnyx. On n’a jamais bien su ce qu’il y mettait derrière et n’a plus jamais osé en parler.

Tant la France que l’Allemagne buttent sur la question de la démocratie européenne. Et n’est-ce pas finalement justement parce que ces vieux États westphaliens sont incapables d’accoucher de la démocratie européenne qui devra les dépasser ?

C’est à mon sens la vraie question de l’Europe aujourd’hui. Inutile de créer une nouvelle agence européenne, quel que soit son objet, si c’est pour à nouveau butter sur l’inefficacité de l’intergouvernemental. On a assez donné dans ce registre.

Je ne crois pas à l’Europe franco-allemande, je crois à l’Europe européenne dans toute sa diversité et dans le respect de toutes nos différences. Mais la France et l’Allemagne rendraient un immense service à l’Europe si elles parvenaient à dépasser leurs Weltanschauung purement nationales. Si la France cessait de rêver une Allemagne qui n’existe pas, une Allemagne magique sensée aider la France à faire de l’Europe l’extension d’un rêve de puissance que trop français. Si l’Allemagne sortait de son immobilisme de riche rentier pour enfin comprendre que l’Europe n’est pas uniquement un gentil espace de vacances, ou un simple marché ouvert pour le principal bénéfice de la première économique européenne. L’Europe, c’est nous, notre civilisation dont la défense des valeurs et des intérêts exigent aujourd’hui responsabilité et courage, et suppose que nos dirigeants aient l’audace de quitter les fleuves tranquilles des démagogies nationales. M. Macron, Madame Kramp-Karrenbauer, l’Europe ne se fait pas seul et l’Europe n’est pas qu’un sujet de campagne électorale à usage interne.

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