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Le programme de la Renaissance européenne est excellent, mais…

Je vous encourage vivement à lire dans le détail le programme de la liste Projet Renaissance, En Marche pour l’Europe. Il est excellent. L’Europe devient une puissance verte irréprochable, le continent de la justice sociale et fiscale, qui se fait respecter dans la mondialisation, qui se donne les moyens de se défendre, qui fait respecter ses valeurs et ses frontières, qui s’unit autour de son identité, qui rend l’Europe aux citoyens, bref qui réussit sa renaissance. Brillant, intelligent, percutant, pour tout dire très … français… Mais …

Mais dommage que la tête de liste de ce beau projet n’ait pas eu le droit de brandir bruyamment l’intelligence de cette construction au moment même où elle se présentait officiellement devant les électeurs.  Cela l’aurait tout de suite crédibilisée,  cela aurait été plus pertinent que de la laisser se prendre les pieds dans le tapis du microcosme politique auquel fort heureusement elle n’appartient pas.

Mais petite question subsidiaire, au final quel aura été dans ce contexte le sens de la lettre aux Européens qu’Emmanuel Macron a publié le 4 mars dernier ? On avait compris la volonté de Bonaparte de bomber le torse tout seul sur le pont d’Arcole, mais cette lettre ratée apparait aujourd’hui d’autant plus dommageable pour la campagne que le programme lui est clair et excellent.

On reste abasourdis par la pertinence de ce brillant yaka mais on ne peut s’empêcher rapidement de poser la question du coût de cette projection magnifique. Et puis l’effet d’heureuse surprise passé on se rappelle tristement quel sort a été réservé à tous les grands discours macroniens sur l’Europe. De superbes appels du grand large, mais des appels bien solitaires, lancés naïvement sans prendre en compte les réalités européennes du moment et qui restent dans la mémoire somme toute comme de piètres coups d’épée dans l’eau. Monsieur Macron l’Europe ne se fait pas seul, dans son bureau, penché sur le texte d’un beau discours. Ce programme aura-il le même sort que la réforme de la Zone Euro si bruyamment brandie, seul, pour finalement disparaître discrètement des étagères au simple prétexte qu’une co-locataire n’en voulait pas ?

In fine il ne suffit pas de brillamment montrer au loin le plus beau des caps, faut il encore avoir un solide navire à partager, un équipage mobilisé et volontaire, des voiles habilement orientées pour aller cueillir les moindres souffle de ce vent de l’histoire qui, le bougre, ne cesse de se montrer rebelle et capricieux.

Oublions un instant cette première faiblesse. Ce programme, aussi brillant soit-il, permettra-t-il au moins de réduire l‘abstention, de mobiliser nos citoyens sur un sujet si fondamental pour leur avenir ? Je ne le crois pas. Et c’est là, à mon sens que surgit la deuxième faiblesse: si l‘Europe peine à mobiliser les foules c‘est qu‘elle apparait comme incompréhensible, trop complexe, trop lointaine, paralysée, car non controlée par la même toute simple  logique démocratique qui anime nos institutions nationales et qui leur donne toute leur légitimité.  C’est mon crédo depuis longtemps, le vrai mal de l’Europe n’est pas un défaut de convergence, ni un problème de communication, mais un grave défaut de gouvernance. Alors j‘ai bien noté à la dernière page du programme la présence de la Conférence sur l‘Europe pour „passer en revue les politiques de l’Union et son fonctionnement institutionnel, identifier les grandes priorités et les changements nécessaires‘‘. II aurait fallu bruyamment commencé par cela, et rendre hommage tout de suite au bon sens et au ras-le-bol tout à fait compréhensible des électeurs. Voilà  70 ans qu’on nous assène la vision paradisiaque d‘un avenir européen qui pourtant, à l‘image du paradis soviétique, ne vient jamais et est toujours repoussé à plus tard. Imaginez, première page, oui mesdames et messieurs les électeurs vous avez malheureusement tout à fait raison, et il est grand temps de le reconnaître tous ensemble, cette Europe que nous connaissons, effectivement, elle ne marche pas, elle a mème failli, elle s‘est même rendu coupable, elle vous a oublié, elle vous a trahi, elle n’a jamais, ou si peu souvent, réussi à utiliser ce levier européen tant vanté. Il  aurait été bienheureux de montrer pourquoi et en quoi cette Europe intergouvernementale par sa nature même s’est montrée tout à fait incapable depuis sa naissance en 1999 d‘accoucher d’autre chose que de faux compromis qui arrivent toujours trop tard, font toujours trop peu et sont plus dignes des tractations des grands princes électeurs du Saint Empire Germanique ou des Princes des alcôves du Congrès de Vienne que d‘une Europe démocratique moderne. C’est cette Europe-là dont les Européens ne veulent plus.

Ne pas le reconnaître bruyamment c’est abandonner les abstentionnistes à leur bon sens ou bien encore pire aux populistes tellement ils en marre de ce discours européiste verbeux et tellement creux. Le reconnaître et en faire la démonstration publique ce serait enfin les surprendre, tiens que se passe-t-il ? Nous auraient-ils finalement compris ? Arrêteraient-ils enfin leurs pitreries gratuites ? Seraient-ils enfin devenus conséquents devant l’urgence de oui transformer l’Europe en véritable puissance verte irréprochable, en continent de la justice sociale et fiscale, etc, voir la suite plus haut. Mais nous livrer à nouveau un nirvana brillantissime en nous faisant croire que tout à coup la France aurait trouvé la baguette magique toute seule pour l’Europe entière, et ce, dit en passant, juste quelques petits mois après avoir prétendu que c’était le bon vieux couple franco-allemand qui avait la baguette magique, et avec le résultat que l’on sait, c’est malheureusement une démagogie de plus qui au mieux va en laisser plus d’un songeur, au pire va susciter la colère.

Tant que l’Europe ne reconnaîtra pas ses graves erreurs de gouvernance on ne fera que construire des châteaux de sable. Ce qui est dans certains cas (la défense ou la sécurité) peut revêtir un caractère de véritable trahison nationale, et c’est un fédéraliste qui parle…

Tout cela est tellement décevant lorsque l’on se rappelle cette superbe phrase de 2017 qui en quelques virgules m’avaient conquis : ‘’un Européen convaincu, même enthousiaste, mais lucide et sans complaisance’’. Le pouvoir des mots. Quel gâchis.

Mais bon je voterai bien sûr tout de même pour cette liste, même si je n’ai plus le cœur pour la promouvoir activement. Et même si je regrette que les fédéralistes ou Volt ne franchiront pas la barre des 5%, et n’ont d’ailleurs eux-non plus pas trouver la justesse du discours.

Et pendant que nos pompom girls et pompom boys agitent niaisement leurs grelots ou plumes européennes des gamins syriens continuent à se faire déchiqueter par des bombes russes sans que cela n’émeuve personne en Europe,  des migrants sont repêchés en Méditerranées par des bateaux libyens, à la demande express d’une Europe, puissance verte irréprochable en devenir, qui veut voir ces migrants retourner sur une terre libyenne qui n’a rien d’autre à leur offrir que l’esclavage, y compris sexuel. Et notre Europe tellement déterminée à défendre ses valeurs et ses frontières, trouve cela si bien qu’elle est une fois de plus complice du pire.

Mais bon là, ma nature délicate de démocrate aidant, il faut que je vous laisse un instant, désolé mais une envie subite de vomir me force à vous quitter.

Bonne campagne à tous.

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