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Naïveté coupable de Macron à l’égard de Poutine à Brégançon – Conversation avec Galia Ackerman.

La prestation de Poutine à Brégançon mérite plus que quelques tweets. Revenons donc à un blog européen qui fut un tantinet macroniste et qui aujourd’hui va sacrément écorner l’enthousiasme d’hier.

Galia Ackerman a raison, le body language de Poutine était bien plus important que la langue de bois qu’il a pour l’essentiel utilisée à Brégançon. Alors oui, expression de lassitude non contenue, soupçon de mépris vis à vis de son hôte, mais encore plus intéressant à mon sens, le jeu de ses mains, voire de ses doigts.  Comme si les mains d’un KGBiste plus qu’expérimenté gardaient encore des réflexes humains, en tout cas elles le trahissent dès que son interlocuteur mentionne même de façon extrêmement diplomatique des sujets derrière lesquels se cachent des crimes malheureusement que trop évidents. Ukraine, Syrie, élections libres, et les doigts se contractent, et la main s’agite.

Je passe sur la Russie des Lumières vantée par Macron et qui m’a fait éclater de rire, et qui a eu au moins le mérite de donner à Poutine, incrédule, une expression des plus comiques.

Sujet éternel de joute oratoire et sur lequel je serai court, la Russie est-elle européenne ? Oui nous dit Macron, non nous dit Ackerman. J’ai à vrai dire écrit pas mal de pages sur le sujet, pages que je n’ai pas encore publiées, mais en deux mots,  une des raisons pour laquelle j’ai vécu 14 ans en Russie était pour échafauder une réponse personnelle à cette question. Et j’ai trouvé pour ma part un vieux pays européen, et que je me suis mis à aimer follement. Et non Madame Ackerman, pour une fois je ne suis pas d’accord avec vous, je ne pense pas que l’appartenance à l’Europe se définisse par un travers politique. Mais à vrai dire ce n’est pas non plus ici le sujet.

Le sujet c’est que c’est une erreur politique magistrale que de vouloir minimiser les crimes de son interlocuteur présent parce qu’il faudrait se placer dans un contexte politique à plus long terme. Comme si les hommes politiques des années trente avaient eu raison de faire le lit d’Hitler parce que De Gaulle et Adenauer allaient se retrouver quelques années plus tard à Reims. Non monsieur Macron faire allégeance à un criminel est en soi un crime devant l’histoire et une trahison devant ses concitoyens.

Faute d’autant plus impardonnable venant de quelqu’un qui a prétendu faire retrouver à l’Europe toutes ses valeurs, et qui prétend maintenant à chaque élection représenter seul des valeurs dites progressistes face à la montée des populistes. Mais à vrai dire où se situe la différence entre un parti En Marche au verbe pseudo progressiste mais régi par une gouvernance interne tout sauf démocratique, et dont le héros cajole Poutine à Brégançon, et un Rassemblement National proclamant des valeurs non-démocratiques et se faisant financer par Poutine ? Ce mélange des genres est extrêmement dangereux, tant sur le point intérieur que sur le plan géopolitique. 

Chacun dispose suffisamment d’informations pour comprendre qui est Poutine. Ancien KGBiste, chef du FSB sous Elsine, fait Président grâce à des attentats organisés à Moscou en 1999 qui lui ont donné le prétexte pour lancer la seconde guerre de Tchétchénie, absolument odieuse, et qui l’a fait Président. Depuis l’histoire de ce régime n’est qu’une progression dans l’horreur et dans l’audace. Progression autorisée, et donc de fait encouragée, par la passivité incroyable de ce que fut jadis l’Occident. Pour faire court Tchétchénie, Géorgie, Ukraine, Syrie, et derrière ce dernier nom ainsi évoqué se cache la réalité de 500’000 morts, de milliers de personnes mortes sous des attaques chimiques. Quelle sera la prochaine étape de cette escalade de la violence que la mièvre naïveté d’un Macron n’arrêtera pas mais au contraire encourage ? Cela dans un contexte international de plus en plus explosif  et alors que le Chef d’État Major des Armées nous a clairement indiqué que l’outil militaire français actuel était inadapté pour faire face à un conflit majeur en Europe, et que le parapluie américain de l’Iran au Groenland se transforme peu à peu en menace pour notre sécurité. Nous avons besoin de toutes nos forces, de toutes nos énergies, et nous avons besoin d’idées et de pédagogie  claires pour pouvoir contrer la propagande de ceux qui s’affichent eux clairement comme nos ennemis. 

Ne répétons pas la folie d’un Chamberlain.  

Macron se trompe et cette erreur est coupable. 

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