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Clément Beaune et la nécessaire révolution européenne

Clément Beaune était cette année la vedette du forum économique franco-allemand organisé par Les Échos et le Handelsblatt à Berlin. Occasion unique de voir en chair et en os ce fameux conseiller Europe du Président de la République. Fameux mais discret, mystérieux également. Car comment réussit-on à tenir ce grand écart entre la fougue européenne des discours retentissants du début du quinquennat (Athènes, La Sorbonne, Aix La Chapelle) et le bonapartisme triomphant  actuel?

Ce jeune homme qui rougit facilement a tenu un discours intelligent. 

Si l’Europe est en plein doute, c’est qu’elle a le vertige de sa propre histoire, elle est le continent qui sait qu’il est capable de s’autodétruire, aujourd’hui comme hier.

La construction européenne souffre également  d’avoir été pendant 70 ans un projet de réconciliation et de coopération totalement tourné vers lui-même, inward looking. Or c’est le monde extérieur qui vient aujourd’hui défier l’Europe, immigration, terrorisme, sécurité extérieure dans un monde dont les Etats-Unis ne veulent plus être le gendarme, les événements demandent à l’Europe de se projeter en dehors de ses frontières, de devenir outward looking. Et l’Europe balbutie car elle n’a pas cette expérience, elle ne sait pas faire. Pas encore.

D’autre part la construction européenne souffre d’être un projet extrêmement lent, qui avance au gré de difficiles compromis obtenus selon des calendriers interminables, alors que le monde extérieur qui agresse aujourd’hui l’Europe exige rapidité et projection immédiate de puissance.

Le porteur de la parole européenne française conseille dans ce contexte à l’Europe de parler plus fort, d’affirmer son unité mais aussi de savoir accepter une différenciation nécessaire entre des cercles de coopération adaptés pour que l’Europe devienne un véritable acteur du nouveau siècle et non pas un dinosaure paralysé car toujours condamné à incarner avec beaucoup de retard et d’impuissance le plus petit dénominateur commun entre ses membres.

Clément Beaune appelle à la confiance et l’enthousiasme, pour qu’aujourd’hui, tout comme on a su le faire hier, on trouve la réponse européenne adaptée aux défis du moment. Et aujourd’hui comme hier l’Allemagne et la France, vues leurs différences très fortes, entre patience stratégique de l’une, et autonomie stratégique de l’autre, peuvent efficacement contribuer à façonner un accord européen. 

Discours intelligent et bien structuré d’un énarque au service de l’empereur des Français. 

Et puis j’ai commis l’erreur de penser tout à coup à Jean Monnet qui voulait unir des hommes et non des états. 70 années passés et nous n’aurions pas avancé d’un millimètre sur cette vision? Nous en serions encore à chercher des compromis entre les égos des États ? C’est bien là que réside la faillite de la construction européenne, et c’est là également que réside sans doute la clé pour sortir enfin de cette crise. Car il ne peut y avoir d’unité agissante, bref de souveraineté européenne, qu’au sein d’une fédération européenne pleinement démocratique, où la légitimité ne tient pas de Grands Princes Électeurs complètement dépassés, fussent-ils Empereurs voire dieux romains, mais tient bien du peuple européen souverain, qui exprime sa volonté au travers d’un parlement européen devant lequel l’exécutif européen doit être pleinement responsable. 

On souhaiterait que notre empereur aille chercher quelques idées révolutionnaires d’avant garde parmi la jeunesse européenne, et on est en droit de se lamenter quand la jeunesse française du XXIème siècle qu’il côtoie se délecte encore des cadavres intellectuels laissés par l’Europe westphalienne de 1648, la grande créatrice de la suprématie des États. Il faut que ces États meurent pour que l’Europe vive. Les États ne cessent de prouver leur incapacité à résoudre les grands problèmes du XXIème siècle et on voudrait encore leur demander de résoudre la crise européenne ? 

Que vive la révolution démocratique européenne.

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