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Un Poutine touché est un Poutine dangereux

Hier Margarita Simonyan, la rédactrice en chef de RT, l’organe de la propagande poutinienne, a appelé à l’annexion du Donbass ukrainien. Cet appel doit être pris très au sérieux. Le clan au pouvoir en Russie a besoin d’une diversion violente et suffisamment sérieuse pour contrebalancer les 100 millions de vues de la video de la Navalny sur le palais de Poutine. Ce n’est pas seulement le symbole de la construction d’un palais hors d’entendement qui est en jeu, mais également le rappel parfaitement documenté sur le fait que le président russe n’est autre que le chef de la mafia de Saint-Pétersbourg ayant pris le contrôle de toute la Russie il y a 20 ans de cela. 

En Ukraine aujourd’hui le Président Zelenski décoit et perd du terrain devant la corruption et les oligarques, les lobby pro-russes. À quoi sert un conflit gelé si ce n’est de permettre de le rallumer de temps en temps? Un beau coup de tonnerre permettrait non seulement de réveiller la flamme très bonne fille du nationalisme russe derrière son Président, mais aussi d’espérer faire oublier un peu Navalny pour le faire disparaître discrètement d’une facon ou d’une autre dans quelques mois ou dans quelques toute petites années. 

L’autre élément du puzzle géostratégique russe récent est cette attaque toute à fait hors norme, découverte en décembre dernier, attaque cybernétique sans précédent perpétrée apparemment neuf mois durant contre le Pentagone, contre de très nombreuses hautes administrations militaires et civiles et des très grandes sociétés américaines. L’auteur de cette attaque est apparemment APT29, Cozy Bear, l’un des groupes de hackers russes les plus dangereux. On avait jamais connu une attaque aussi brutale et aussi massive. Un véritable PearlHarbor électronique, l’Amérique grande puissance technologique ridiculisée par les hackers russes. Mais bien plus grave, la capacité de défense américaine mise ainsi sacrément en doute. Que vaut toute la ferraille militaire du XXème siècle si la premiere puissance militaire mondiale se trouve impuissance devant Cozy Bear?

Il faut bien reconnaître que la Russie a porté la doctrine Gerassimov à son apogée. Cette doctrine pose les bases d’une guerre permanente bien que jamais reconnue, en utilisant certes des moyens militaires, très souvent d’ailleurs non assumés (les petits hommes verts de l’annexion ‘’pacifique’’ de la Crimée, ‘’mercenaires’’ du groupe Wagner actifs en Afrique ou au Moyen-Orient), mais surtout des stratégies médiatiques de désinformation et des politiques d’influence souterraine sur les populations, des offensives cybernétiques, tout cela pour créer à bas coût et discrètement la confusion et le chaos chez l’adversaire et atteindre ainsi ses propres objectifs sans revendiquer aucun coup. Et à vrai dire les objectifs stratégiques de la Russie poutinienne sont assez médiocres, si ce n’est de se faire remarquer partout dans le monde par le seul pouvoir qui reste à cette puissance pauvre, le pouvoir de nuisance.

Récapitulons, on a donc à la vieille de la deuxième manifestation de masse des partisans de Navalny l’appel à une mobilisation patriotique aggressive pour rendre le Donbas à notre petite mère la Russie, et ce à un moment où les Américains ruminent leurs faiblesses dévoilées par un Pearl Harbor cybernétique plus qu’embarrassant. Une situation très dangereuse. D’autant plus que le président Russe a sans doute intérêt à sortir le grand jeu avant la parution de la deuxième video. Car on peut penser que Navalny sait qu’il aura besoin pour sa survie d’une deuxième vague dans quelques semaines ou quelques petits mois. Ce pourrait être par exemple la publication d’une vidéo parfaitement documentée sur la responsabilité elle aussi relativement évidente de Poutine, responsible du FSB jusqu’en août 1999, dans la préparation des attentats qui, à Buynaksk, Moscow et Volgodonsk (mais pas à Ryazan ou la police à déjoué … le FSB à temps!), ont certes coûté début septembre 1999 la vie a environ 300 Russes et en ont blessé près de mille autres, mais ont surtout permis au tout fraichement nommé Premier Ministre Poutine de prendre une envergure présidentielle salvatrice face à des Tchétchènes rapidement désignés comme coupables. 

On comprendra que Poutine ait peut-être intérêt à se lancer dans une nouvelle aventure guerriere rapidement pour distraire le bon peuple.

Bref grand temps de réduire drastiquement notre investissement militaire au Sahel pour rapidement se concentrer sur des menaces qui deviennent de plus en plus importantes, urgentes, complexes et pour lesquelles nous ne nous sommes malheureusment pas du tout aguerris. Car en fait ce n’est pas tant la force de la doctrine Gerassimov qui est remarquable que la négligence occidentale depuis 20 ans. Relire, toujours et encore, une Étrange Défaite de Marc Bloch… Et sans doute conseiller au Président de la République de revoir pour cette année la liste de ses invités au Fort de Brégancon…

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