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Comment faire tomber Lukashenko, comment faire tomber Poutine

En mai-juin dernier, désespéré de voir Lukashenko s’enfermer dans l’abject pour mieux défendre sa dictature, je rêvais de lire une étude sur la convergence des faits permettant de faire tomber une dictature. Et puis je suis tombé chez des amis sur ce livre de Srdja Popovic, Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes. Fascinant et lu avec grand respect pour l’auteur qui est l’un des fondateurs du mouvement Otpor! celui-là même qui a fait tomber Milosevic. A lire par tous les démocrates qu’ils habitent ou non dans des dictatures. J’en livre ici un résumé en style presque télégraphique, et que je m’empresserai de traduire en Russe puisqu’il ne peut pas y avoir meilleur usage de ce livre qu’en Belarus et en Russie.

1 – Commencer par croire que le changement peut arriver dans son pays et que l’on doit être acteur du changement.

2 – Voir grand et commencer petit,

– donner au mouvement un logo, une signature visuelle facile à reproduire par chacun,

– choisir ses combats, ne livrer que des combats que l’on peut gagner, attaquer les points faibles de la dictature avec ses propres points forts,

– humour et agilité, créativité constamment renouvelée des formes de manifestation pour contourner les interdictions,

– les grands principes politiques lassent rapidement les auditeurs, l’humour non.

3 – Pratiquer le dérisionisme, ridiculiser la dictature, la dictature gagne parce qu’elle fait peur, la seule chose capable de venir à bout de la peur c’est le rire.

4 – Retourner l’oppression contre elle-même

– démythifier l’inconnu de l’arrestation (c’est l’inconnu qui fait peur), en informant dans le détail sur tout ce que vivent les personnes arrêtées, emprisonnées, condamnées,

– accueillir en héros les personnes arrêtées à leur libération,

– ne laisser personne seul, soutien juridique, médiatique aux victimes,

– désigner et harceler les bourreaux, campagne d’affichage au près de chez eux, dans l’école de leurs enfants, là où leur conjoint fait les courses, appeler les bourreaux par téléphone pour leur demander pourquoi ils massacrent des innocents, faire d’eux des parias.

5 – Pas de victoire sans Unité

– unité de l’opposition,

– unité du message, simple et clair,

– unité inclusive, créer une communauté la plus large possible, étendue au pays entier, une identité de groupe, une organisation cohésive qui ne laisse personne en arrière, qui n’exclut pas (le contre-exemple est l’opposition russe qui se vit comme une opposition citadine et libérale, excluant ainsi 90% du pays.)

– tout ce que vous faites doit donner le sentiment aux autres que votre combat est aussi le leur,

– tenir ferme sur ses valeurs.

6 – La révolution pacifique n’est pas un feu de paille spontané mais un combat de longue haleine, à long terme, minutieusement planifié.

– la manifestation gigantesque est l’aboutissement préparée et planifié d’un mouvement pas son commencement,

– définir son objectif, non pas seulement la chute du dictateur, mais ce que l’on veut après, mais pas véhiculé par de grands discours soporifiques, humour et fun.

– définir le public que l’on veut atteindre, le plus large possible, objectif : toute la population, et définir sa stratégie de conquête progressive avec vérification permanente de l’efficacité du processus choisi;

– ‘’ce qui rend la non-violence tellement plus efficace que la violence, c’est qu’elle permet à tous, où qu’ils se trouvent et si frêles soient-ils, de se confronter avec l’ennemi.’’ Bob Helvey

– dans un combat non-violent la seule arme est le nombre, il faut donc orienter son combat pour rassembler le plus grand nombre. Une tactique peut être de même commencer ses premières actions en dehors de son sujet principal à seule fin de capter l’attention d’un nombre important de personnes;

– mais rassembler n’est pas suffisant, il faut aussi offrir une vision du monde d’après. Une vision concrète et compréhensible par tous, pas des concepts théoriques mais des réponses à des aspirations ou des besoins concrets.

7 – Stratégie globale

– idées générales sur lesquelles on peut s’appuyer pour coordonner et diriger toutes les ressources disponibles et nécessaires (économiques, humaines, morales, politiques, organisationnelles, etc) d’une nation en vue d’atteindre l’objectif. Analyse de la justesse de la cause défendue, des influences susceptibles de s’exercer sur la situation, du choix des techniques d’action, de la manière d’atteindre l’objectif, des conséquences à long terme de la lutte menée.

– Stratégie: définir la meilleure méthode pour atteindre l’objectif, distribution, adaptation et utilisation des moyens dont on dispose pour atteindre l’objectif.

– Tactique: plan d’action précis à un instant précis.

– toujours garder une dynamique offensive, dès que l’on commence à jouer en défense, on rentre dans une logique de défaite,

– avancer toujours vers quelque chose de plus grand, de plus cool, sous peine de lasser le public.

8 – Efficacité de la non violence:

– l’analyse des différentes mouvement d’opposition de 1900 à 2006 montre que la violence a un taux de réussite de 26%, la non-violence de 53%

– une démocratie installée par la non violence a 40% de chance de perdurer plus de 5ans, installée par la violence le taux est réduit à 5%.

– retour de la guerre: 43% après une victoire armée, 28% après une victoire pacifique (en partie la raison de l’échec de la révolution syrienne).

– La violence fait peur, et quand les gens ont peur ils cherchent un leader fort pour les protéger, même le dictateur fera alors l’affaire.

La lutte non violente se construit sur des identités de groupe en espérant qu’elles atteignent une masse suffisante pour détourner de l’homme fort.

La lutte violente peut rapidement devenir tout aussi condamnable que la dictature qu’elle est sensée combattre.

– enseigner l’efficacité de la non-violence, et inefficacité et les pièges de la violence,

– former les activistes à repérer les sources potentielles de friction (ateliers de résistance aux pulsions de violence, entrainement à rester cool face aux pires provocations et aux pires conditionsse défendre contre les provocateurs).

9 – Difficulté de reconnaître le juste moment où s’arrêter, où déclarer l’objectif atteint. Si trop tôt risque de voir une autre dictature surgir (Egypte après la chute de Moubarak). 

Finir ce que l’on a commencé: l’accompagnement de la mise ne place de la démocratie doit faire partie de l’objectif. 

Mais préférer une victoire d’étape à la prolongation d’un combat qui condamne le mouvement entier (Tianamen: les étudiants auraient bien mieux fait d’accepter le compromis inespéré proposé par le avec le pouvoir chinois plutôt que d’aller à leur perte).

– crucial de maintenir l’unité d’un mouvement même après la prise de pouvoir pour stabiliser la victoire

– ne pas croire au grand soir, même après la chute du dictateur. La mise en place de la démocratie est un long chemin pavé de petites victoires modestes pour pouvoir être gagnées et pour peu à peu consolider l’édifice. Avancer avec lenteur et prudence pour déjouer toutes les structures de l’ancien régime qui restent en embuscade et restent puissantes et dangereuses même une fois le dictateur tombé.

– s’assurer que tous les changements apportés soient durables et stables.

10 – Cela doit venir de vous – quoi qu’il se passe désormais, c’est entre vos mains-

– c’est seulement quand les gens comprennent que cela doit venir d’eux-mêne que personne ne fera le travail à leur place, que le mouvement peut commencer,

– c’est la créativité des gens, leur sensibilité qui fait la réalité du mouvement, pas de recette miracles, pas de conseils magiques et des leçons salvatrices, chacun doit modeler son mouvement

– enthousiasme, créativité locale, et compter sur soi uniquement

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