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Une politique russe pour la France

Quatre semaines après le début de l’invasion russe en Ukraine la France n’a toujours pas de politique russe à la mesure de l’événement. La seule politique mise en avant par la France semble être de toujours maintenir un canal de dialogue ouvert avec Poutine. Un peu court pour une politique russe alors que la guerre fait rage en Ukraine. À moins que l’enjeu ne soit qu’électoraliste et s’arrête à faire apparaître le candidat Macron comme étant le seul des candidats à l’élection présidentielle à avoir régulièrement l’oreille de Poutine… Plus grave cet ersatz de politique russe semble gravement limiter l’aide concrète que la France s’autorise à livrer à l’Ukraine. À part du carburant, des gilets par-balles et quelques missiles Milan, la France se contente d’appliquer les sanctions décidées collectivement avec ses amis européens. Certains États européens font beaucoup mieux.

La France serait-elle aussi en train de plonger dans le neutralisme? Et on en voit malheureusement pointer certaines raisons: incompréhension que trop française des réalités d’Europe orientale; fatigue intellectuelle parfaitement démontrée par le silence français étourdissant entre le 17 décembre, date de l’ultimatum russe, et le discours, médiocre, de Macron devant le Parlement Européen le 19 janvier dernier; incapacité à exister en dehors du couple franco-allemand; paralysie intellectuelle renforcée par l’absence d’outil militaire adapté à un conflit européen et par une menace nucléaire tout à fait possible. 

Reste que ce neutralisme est dangereux pour les intérêts stratégiques français à court terme et laissera de tristes marques dans nos livres d’histoire: qu’aura fait la France pour soutenir le camp de la liberté et des valeurs dites européennes lorsque nos frères et sœurs ukrainien(ne)s étaient seul(e)s à se défendre contre l’envahisseur russe? 

Il serait grand temps de comprendre qui est Poutine et d’en tirer les conséquences. Non Poutine n’a pas tant changé que cela. Il reste ce criminel qui en tant que chef du FSB en 1998-1999 a organisé les attentats de Moscou de Septembre 1999 qui ont servi le tout juste nommé Premier Ministre Poutine à justifier la deuxième guerre de Tchétchénie qui a été le tremplin organisé pour le faire élire Président de la Fédération de Russie en Mai 2000. Et depuis il a toujours été fidèle à cette ligne criminelle même si l’Europe ronronnante fait semblant de le reconnaître qu’aujourd’hui.

Alors que faire?

– Défendre très activement en Ukraine comme en Russie ou au Belarus le camp de la liberté, et nous devons le faire résolument, à l’aide d’une guerre de l’information offensive et qui ne demande qu’à s’appuyer sur tous les journalistes et autres bloggeurs démocrates qui ont dû fuir le Belarus et depuis peu la Russie. Et nous devons comprendre que si nous ne le faisons pas nous nous auto-détruisons. Nos prétendues valeurs ne sont alors que des mots creux que tous les populistes de tout bord sont tout à fait en droit et ont bien raison de mépriser. Pire nous nourrissons le monstre qui n’en restera pas à l’Ukraine et qui le clame déjà sur ses canaux de propagande.

– Approvisionner l’Ukraine avec des quantités importantes de missiles anti-char et de missiles sol-airs,

– Offrir à l’Ukraine un soutien logistique global (véhicules, nourriture, médicament, etc)

– Faire enfin preuve d’imagination (#DisruptTheWar) et utiliser cette guerre pour contrer des attaques somme toute classiques avec une nouvelle approche de la guerre. Par exemple digitalisation des cartes des champs de batailles terrestres et aériens doublée d’un traitement de l’information et des cibles assisté par A.I., livraison de drones pour approvisionner les villes assiégés, de mini-sous-marins pour casser le blocus de la Mer-Noire, oser et imaginer, innover et agir vite. Ne faisons pas de notre quincaillerie militaire du XXème siècle les fondements d’un nouveau 1940.

– Mettre en place des couloirs aériens d’aide humanitaire défendus par la force s’il le faut. Commencer par l’annoncer très clairement tout en informant massivement tant les décideurs russes que la population russe sur les réalités des villes ukrainiennes assiégées. Après une semaine d’information intensive, mettre en place ces couloirs humanitaires et être inflexible sur leur sécurité. 

– Sortir des simples symboles microscopiques et oeuvrer à une augmentation drastique de la présence militaire de l’OTAN dans les pays limitrophes de la Russie et du Belarus.

– Arrêter immédiatement les importations de pétrole russe et mettre en place une taxation rapidement croissante des importations de gaz russe.

– Renforcer drastiquement l’aide aux opposants de Bachar el-Assad.

Car enfin la France aurait-elle vraiment déjà décidé de ne plus être la France? Que la France choisisse avec raison de se fondre dans une nouvelle souveraineté européenne ne nous autorise pas à abandonner cette détermination et ces valeurs dont nous sommes pétris, et dont nos sœurs et frères ukrainiens nous rappellent avec tant de force la pertinence aujourd’hui.

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